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Argentine–Bénin : au-delà du 3-0, pourquoi le Bénin a peut-être gagné quelque chose de bien plus précieux que l’argent

by neilley ebessa
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Par Neilley Claude EBESSA

Journaliste kick442.com – Cameroun

Le Bénin a perdu 3-0 contre l’Argentine. Sur le papier, l’histoire pourrait s’arrêter là. Mais parfois, le score final ne raconte pas toute l’histoire. À Buenos Aires, le Bénin n’était pas seulement venu disputer un match amical contre l’une des meilleures sélections du monde. Il s’est retrouvé au cœur d’un événement historique : la dernière apparition de Lionel Messi avec le maillot de l’Argentine. Plus de 85 000 personnes ont rempli le Monumental pour assister aux adieux de la légende argentine. Messi a marqué, délivré deux passes décisives et refermé une aventure internationale de plus de deux décennies. Et dans toutes les images de cette soirée, il y avait aussi un autre nom : le Bénin. C’est peut-être là que se trouve la véritable valeur de cette rencontre pour le pays.

Beaucoup se demandent aujourd’hui combien l’Argentine a gagné avec cette soirée. La question est légitime. Avec un Monumental plein, une billetterie importante, un maillot spécialement conçu pour les adieux de Messi, les droits commerciaux, les sponsors et toute l’immense machine médiatique autour de l’événement, l’opération avait évidemment une dimension économique considérable. Mais le Bénin devait-il forcément mesurer son bénéfice en dollars ? C’est là que le débat devient beaucoup plus intéressant. Même si la Fédération béninoise n’a tiré qu’un bénéfice financier relativement limité de cette rencontre, le pays a obtenu quelque chose qu’il aurait été extrêmement coûteux d’acheter dans une campagne publicitaire classique : une visibilité mondiale directement associée à Lionel Messi.

Cette visibilité est difficile à chiffrer. La rumeur selon laquelle le match aurait atteint 3,1 milliards de téléspectateurs en quelques minutes doit évidemment être prise avec prudence. Aucun chiffre indépendant suffisamment solide ne permet de présenter cette donnée comme un record mondial établi. Mais il n’y a aucun doute sur l’ampleur exceptionnelle de l’événement. Le match a été retransmis et commenté à travers le monde, tandis que Messi disputait sa dernière rencontre avec l’Argentine devant un Monumental comble. Et partout où l’on racontait les adieux de Messi, on racontait aussi qu’il les avait vécus contre le Bénin. C’est une différence énorme pour un pays qui cherche justement à renforcer sa visibilité internationale.

Le geste réalisé avant le coup d’envoi mérite d’ailleurs d’être regardé sous un autre angle. Le capitaine béninois Sessi d’Almeida a remis à Messi une représentation du monument de l’Amazone, symbole puissant de l’histoire du Dahomey et de l’héritage des femmes guerrières du royaume. Le cadeau était accompagné d’une lettre adressée à Messi, dans laquelle le Bénin l’invitait, lui et sa famille, à venir découvrir le pays. Ce n’était pas simplement un cadeau ou un geste protocolaire. C’était aussi une manière de promouvoir le Bénin. Pendant quelques secondes, au Monumental, l’histoire du Bénin s’est retrouvée entre les mains de Lionel Messi. Et les images ont fait le tour du monde.

C’est précisément le genre de visibilité qu’un pays dépense normalement beaucoup d’argent pour obtenir. Une campagne touristique peut coûter des millions, avec des affiches, des spots publicitaires, des influenceurs, des salons internationaux et des campagnes numériques. Le Bénin, lui, a bénéficié d’une scène beaucoup plus puissante. Pas une publicité. Messi. Et ce n’est pas la même chose. Imaginez un jeune supporter argentin qui connaît parfaitement Messi mais ne connaît presque rien du Bénin. Il regarde le match, entend le nom du Bénin, voit les Guépards, puis découvre Sessi d’Almeida remettre l’Amazone à Messi. Le lendemain, il tombe sur la photo sur Instagram, Facebook, X ou TikTok. Il cherche alors « Bénin », puis « Cotonou », « Amazone du Bénin », « Ouidah » ou encore « Dahomey ». C’est exactement ainsi qu’une rencontre de football peut devenir une porte d’entrée vers le tourisme.

Le choix de l’Amazone était particulièrement intelligent. Ce monument ne représente pas simplement une attraction touristique. Il renvoie à une histoire, à une identité et à une partie importante du patrimoine béninois. La réplique remise à Messi était donc beaucoup plus qu’un souvenir. Elle était un morceau du Bénin transporté jusqu’à Buenos Aires. La symbolique du geste allait même plus loin, puisque la statuette était destinée à Antonela Roccuzzo, l’épouse de Messi, conformément à la tradition liée à certaines représentations de l’Amazone. Une fois encore, le Bénin ne se contentait pas de montrer un pays. Il racontait une histoire.

Tout cela prend encore plus de sens lorsqu’on regarde la stratégie du Bénin depuis plusieurs années. Le pays cherche à renforcer son image internationale, à développer son tourisme, à valoriser son patrimoine et à attirer davantage de visiteurs. Dans ce contexte, avoir le nom du Bénin associé à la dernière soirée internationale de Messi n’est pas un détail. C’est une opportunité. Bien sûr, il serait naïf de croire qu’une personne qui voit Messi recevoir une statuette va immédiatement réserver un billet pour Cotonou. La visibilité ne se transforme pas automatiquement en touristes. Mais elle crée quelque chose d’essentiel : la curiosité. Et avant qu’un touriste ne visite un pays, il faut généralement qu’il en entende parler. Le Bénin vient justement de gagner ce premier combat auprès d’un public immense.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut fermer les yeux sur ce qui n’a pas fonctionné à Buenos Aires. L’entraîneur du Bénin, Gernot Rohr, a exprimé une forte frustration après la rencontre concernant les conditions d’accès et les échanges avec la délégation argentine. Il a notamment expliqué que les joueurs béninois avaient apporté leurs propres maillots dans l’espoir de les échanger avec les Argentins, mais que cela n’avait finalement pas été possible. Ce point mérite d’être entendu. Pour un joueur béninois, jouer contre Lionel Messi dans son dernier match avec l’Argentine est probablement le genre de souvenir qu’il voudrait conserver toute sa vie. Pouvoir échanger son maillot avec Messi ou un autre international argentin aurait naturellement représenté quelque chose d’énorme.

Il faut toutefois replacer cette frustration dans le contexte particulier de la soirée. Ce n’était pas un match ordinaire. L’Argentine avait préparé un maillot spécial pour les adieux de Messi, et le joueur lui-même l’avait présenté comme son dernier match et comme un « maillot pour la vie ». Il est donc parfaitement possible que certains joueurs argentins aient voulu conserver leurs équipements comme souvenirs historiques. Cela n’excuse évidemment pas d’éventuels problèmes d’organisation ou de sécurité. Mais il faut éviter de transformer automatiquement l’absence d’échange de maillots en affront diplomatique. Les deux choses peuvent être vraies en même temps : le Bénin pouvait légitimement être déçu, et le contexte argentin pouvait aussi expliquer certaines décisions.

C’est peut-être la partie la plus importante de cette histoire. Le Bénin n’était pas le protagoniste principal de la soirée. Messi l’était. L’Argentine l’était. Le Monumental l’était. Mais le Bénin avait quelque chose que très peu de nations peuvent revendiquer : être l’adversaire de Lionel Messi lors de son dernier match avec l’Argentine. Dans quelques années, lorsque l’on racontera la fin de la carrière internationale de Messi, on rappellera qu’il a marqué son dernier but avec l’Argentine contre le Bénin. On rappellera qu’il a délivré deux passes décisives. On rappellera que le Monumental était plein. Et on rappellera que les Guépards étaient de l’autre côté. C’est une trace historique que le Bénin ne peut pas acheter.

L’Argentine a gagné 3-0. Messi a marqué. Nico Paz et Nicolás Otamendi ont également inscrit les autres buts. Mais le Bénin a obtenu quelque chose que le tableau d’affichage ne peut pas mesurer : une visibilité mondiale, une association directe avec Messi, une occasion de montrer son patrimoine et une invitation touristique adressée à l’un des sportifs les plus connus de la planète. Et surtout, une histoire que le pays pourra continuer à raconter longtemps après que les recettes du match auront été dépensées.

Les 100 000 ou 200 000 dollars qu’un événement peut rapporter finissent par disparaître. Les recettes de billetterie sont encaissées une fois. Les produits dérivés sont vendus. Les sponsors passent à autre chose. Mais une image de Messi tenant un symbole du Bénin peut continuer à circuler pendant des années. Une personne peut découvrir Cotonou grâce à cette image. Une autre peut découvrir Ouidah. Une autre peut s’intéresser à l’histoire du Dahomey. Une autre peut décider, un jour, de visiter le Bénin. Et un jeune passionné de football peut simplement retenir une chose : Lionel Messi a terminé sa carrière internationale contre le Bénin.

C’est déjà énorme.

Alors oui, le Bénin a perdu 3-0. Mais peut-être que le Bénin n’était pas venu à Buenos Aires uniquement pour gagner un match. Il était venu jouer sur l’une des plus grandes scènes du football mondial. Et, à bien regarder ce qui s’est passé avant, pendant et après la rencontre, il semble avoir compris quelque chose d’essentiel : parfois, la plus grande victoire n’est pas celle que l’on remporte sur le terrain. C’est celle qui continue à produire des effets longtemps après le coup de sifflet final.

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